Loi agricole : une occasion manquée
L’avenir agricole de la France peut-il reposer sur un compromis qui évite les sujets essentiels ?
Le mardi 18 février 2025, je suis intervenu au nom de mon groupe pour rappeler une évidence : la France ne pourra pas reconstruire sa souveraineté alimentaire sans une vision claire, ambitieuse et durable de son agriculture. Deux ans après l’annonce d’une grande loi agricole par le président de la République, nous voici enfin face à un texte. En réalité, le texte final trahit bon nombre des promesses initiales.
Derrière les intentions affichées : moderniser le secteur, améliorer la compétitivité, préparer la relève, les ambitions écologiques ont été sérieusement réduites. On ne peut pas construire l’agriculture de demain en tournant le dos aux défis climatiques d’aujourd’hui.
L’agriculture est déjà en première ligne du changement climatique. Sécheresses, sols appauvris, biodiversité effondrée : les signaux sont partout. Et pourtant, dans les débats, il a été presque impossible de parler d’agroécologie sans susciter des crispations. Comme si adapter nos modèles agricoles revenait à les affaiblir.
De plus, une proposition visant à intégrer des modules de gestion administrative dans l’enseignement agricole a été rejetée. Pourtant, entre 20 et 25 % du temps de travail d’un agriculteur est aujourd’hui consacré à des démarches administratives. C’est un frein à l’installation. C’est aussi un facteur de découragement.
Certains lycées agricoles, dans mon département, tirent déjà la sonnette d’alarme. Il est temps d’écouter ceux qui sont sur le terrain. Et de construire une formation agricole qui prépare réellement au métier, dans toute sa complexité.
Enfin, impossible de parler d’installation sans parler du foncier. C’est le grand absent du texte. Il n’y a pas de stratégie pour faciliter la transmission des exploitations. Pendant les débats, la ministre a évoqué un futur projet de loi. Mais pourquoi repousser encore ? Pourquoi ne pas agir dès maintenant, en amont, avec une mission dédiée ?
L’accès à la terre est la condition première de tout renouvellement générationnel. Sans elle, tout le reste, accompagnement, formation, guichet unique, reste théorique.
Le texte porte pourtant quelques avancées. Il pose un cap autour de trois objectifs : souveraineté alimentaire, conditions d’installation viables, et simplification administrative.
La dépénalisation de certaines infractions environnementales, en l’absence de négligence grave, est présentée comme une mesure de bon sens. Mais elle ouvre la porte à un affaiblissement des protections, au moment même où nous devrions les renforcer. Il est urgent de trouver un équilibre entre allègement des normes et respect du principe de non-régression environnementale.
Nous devons éviter un double piège : celui d’une sur-administration qui décourage, et celui d’une dérégulation qui fragilise. L’agriculture française mérite mieux qu’un compromis bancal.
Notre groupe, dans sa diversité, a choisi l’abstention en attendant les conclusions de la CEMEP
Retrouvez mon intervention en vidéo via ce lien :
https://videos.senat.fr/video.5067082_67b471c779145.seance-publique-du-18-fevrier-2025-apres-midi?timecode=2374609


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